La période d'instabilité qui secoue les États-Unis depuis l'éclatement de la bulle Internet à la fin 2000, l'élection d'un président républicain la même année, la destruction du WTC par des terroristes saoudiens en 2001, une présence militaire soutenue au Moyen-Orient et enfin par la presque totale domination des sphères législatives et exécutives par les mêmes républicains en 2004, commence à entamer plus gravement les États-Uniens.
En effet, la bulle immobilière, qui gonflait lentement depuis le milieu des années 1990, et surtout après la débâcle de la nouvelle économie en 2000-2001, commence à se dégonfler. Certains jovialistes crieront 'hourra' à cette nouvelle, pensant que la baisse (ou plutôt la dépréciation) des prix des demeures et autres McMaisons construites en carton et en matériaux cheap, permettra au gens des tranches de salaire inférieures de se doter d'un toit et de 4 murs.
Ces jovialistes oublient deux éléments capitaux (jeu de mots inintentionnel) dans ce phénomène :
1) la dépréciation des prix affecte aussi les prix des maisons déjà vendues, autrement dit de tout l'immobilier. Ce qui veut dire que bien des gens qui puisaient à même leur hypothèque pour "arrondir leur fin de mois" vont devoir renoncer à ce petit jeu de "having something for nothing".
2) même si une maison valant 250 000 $ est dépréciée à 200 000 $, il faut quand même qu'un couple moyen s'endette jusqu'au cou pour se la payer, sans compter qu'en plus il faut qu'il s'endette jusqu'au oreilles pour se payer un bazou pour se rendre jusqu'à cette "maisonnette".
C'est un peu comme ces anarcho-capitalistes qui narguent les environnementalistes en leur disant qu'ils devraient se réjouir des hausses du prix de l'essence, oubliant par le fait même la notion élémentaire qu'une hausse de prix augmente la production, surtout la pression pour produire davantage, et qu'à l'heure actuelle nous sommes pris dans un système économique où le pétrole joue le même rôle que l'eau dans un organisme vivant, c'est-à-dire vital. Mais je reviendrai sur le pétrole dans un autre article.
Un grand nombre de jeunes États-Uniens, de 20 à 35 ans, commencent à avoir l'impression que toute cette abondance n'est qu'une illusion. Je n'ai pas ajouté dans cette équation d'autres variables tout aussi importantes : à savoir le fait indéniable qu'un diplôme d'études secondaires ne veut plus rien dire aux USA, et qu'une couverture médicale raisonnable ne peut s'obtenir qu'à l'aide de paiements mensuels, après quoi les services rendus, pour le prix qu'on paie, sont largement inférieurs en qualité par rapport à ceux offerts dans d'autres pays dits 'développés' comme la Finlande, le Canada ou la République Tchèque.
Une bonne éducation, pardon je veux dire un diplôme reconnu aussi ne s'obtient qu'en s'endettant pour la plupart des gens, ce qui me fait dire que, finalement, avec mes maigres 39 000 $US de dettes, je ne suis pas si mal barré. Oui, évidemment si j'avais 0 dettes ce serait bien mais dans mon cas une maîtrise et un doctorat me donnent une chance de plus de ne pas me retrouver à flipper des hamburgers à 40 ans.
Le problème c'est que les salaires n'augmentent pas en même temps que le coût de la vie [ parenthèse : notre cher gouvernement conservateur des années 1980, ceux-là même qui nous ont donné statu quo évolutif, avec Andrew Wilson comme ministre des finances, ont pour la première fois dans l'histoire PAS indexé les impôts au coût de la vie. Résultat aujourd'hui, on doit 35 000 $CAN au fédérôts] et que pour avoir un niveau de vie qui soutient une économie qui se développe au rythme de 4-5 % par an, il faut s'endetter... et le niveau d'endettement atteint des niveaux records. Oui je sais, le gouvernement ne peut pas vraiment leur faire la leçon parce qu'ils ont emprunté 800 milliards pour faire leur petite guéguerre en Iraq (qu'ils font tout croche comme au Vietnam et un peu partout où ils sont allés) mais tout de même...
Dans ce climat d'insécurité, je comprends les gens que je connais qui plient bagages et quittent les États-Unis pour revenir au Québec. C'est bien, on a des gens qui reviennent vivre pour vrai (à Montréal, par exemple) mais il y a un os... si les CONServateurs sont élus la semaine prochaine, ils vont mettre en péril le peu d'éléments qui nous distinguent des Amerloques.
Pour ceux qui croient que je suis un communiste nostalgique ou un maoïste pas réformé, je vous conseille de lire l'article du Christian Science Monitor qui dit à peu de choses près les mêmes trucs que moi. Ils sont tellement communistes les gars du CSM!
Cet endettement me fait d'ailleurs penser à un truc. Je me rappelle que pendant mon séjour en Chine en 1997 j'avais eu à m'adapter à un système économique complètement différent de celui du Québec. L'argent américain y circulait sans problèmes pour acheter des yuans (impossible d'acheter des yuans avec des dollars canadiens) sans compter que je ne pouvais pas ouvrir un compte de banque en Chine. De plus, la majorité des denrées que j'achetais sur la rue était sujette à la négociation. Mais ce qui m'avait frappé le plus, c'est l'absence de crédit. Les gens achetaient quand ils avaient de l'argent, pas en empruntant avec une carte d'une compagnie de crédit ni à la banque...
Pauvres Amerloques, je les plains dans le fond. Toute cette prospérité construite sur du vent. Bon retour sur terre, les amis! Si vous avez besoin de nous... ah non s'cusez on va être aussi pognés que vous alors, ben, bonne chance!
Posted by phonono at janvier 17, 2006 11:56 PM