février 04, 2006
{~} La nouvelle droite franco-américaine, take deux {~}

Mon "article" sur la nouvelle droite franco-américaine, en réalité une analyse très sommaire des résultats des élections fédérales en regard de la situation dans la région de la Capitale, soit la ville de Québec et sa région environnante, a suscité plus d'attention que coutume et, si certains ont préféré s'en prendre à des suppositions sur mon âge ou mon allégeance politique, j'ai eu droit à un commentaire assez lucide de Charles-Étienne, que je me dois de répondre dans un autre article et non pas dans les commentaires car il apporte des arguments, disons, intéressants.

voici donc des éléments de réponse à ces arguments :

Mais je ne vois vraiment pas le rapport avec des comtés comme Louis-Hébert, Beauport, Charlesbourg et Louis-Saint-Laurent (évidemment, il y a déjà eu un nombre significatif de paysans il y a de cela plus d'un siècle, mais c'est le cas de la majorité des comtés du Québec), qui représentent à eux seuls presque la moitié des sièges conservateurs obtenus en sol québécois.

D'abord, quand je dis le mot "paysan" ou "gentleman farmer" je fais référence à deux réalités distinctes. Les gentlemen farmers sont des propriétaires ou exploitants de grandes fermes industrielles (élevage ou culture), souvent membres de l'UPA, l'Union des Pollueurs Agricoles, et leur richesse dépend exclusivement des largesses de l'État. Si vous pensez que les gens sur le B.Ê.S. sont au crochet du gouvernement, eh ben les gentlemen farmers pompent encore plus de fric dans leurs poches. Ces gens votent pour l'argent, un point c'est tout. C'est normal dans un sens.
Par contre, pour les paysans, je fais référence non pas à une réalité comme les gentlemen farmers mais davantage à un état d'esprit, une mentalité, une disposition, une série d'attitudes. La majorité des Québécois sont encore des paysans dans leur tête, comme la majorité des Canadiens et des Nord-Américains. Ils refusent la réalité que le Canada d'aujourd'hui, sa prospérité, dépend de la vigueur des grandes villes. Le problème, c'est que les paysans sont coincés dans un paradoxe. Ils s'ennuient ou rêvent de grands espaces ou de nature (domestiqué, on s'entend) mais ne veulent pas se séparer des commodités ou du confort de l'urbanité. Un nombre très minimal de Canadiens en fait pourrait passer plus d'une semaine dans le bois sans eau courante, sans électricité, sans télé, sans téléphone, etc. C'est pourquoi on a créé la banlieue moderne. Les quelques civilisations qui ont pratiqué à grande échelle quelque chose qui ressemble à cette utilisation du territoire se sont effondrées en quelques siècles, sinon en quelques décennies (l'Empire romain, l'Éthopie, par exemple).
Donc, revenant sur les comtés autour de la ville de Québec, où on trouve des banlieues qui ne servent presque exclusivement qu'à accueillr des fonctionnaires de l'État québécois et canadien, rien n'est produit ou presque par rapport à la population totale mais beaucoup est consommé. Le faible taux de chômage de la région, constaté récemment, est imputable au fait de la sous-traitance par des entreprises locales, opérée par le gouvernement péquiste et non-interrompue par les libéraux, sans compter l'explosion du marché de l'éducation, qui comptent beaucoup dans la balance.
Évidemment, il y a ébulltion à Québec et beaucoup de PME. L'avenir de la région se jouera dans le quartier Saint-Sauveur, qui risque, si la région est chanceuse et ne transforme pas ce quartier en banlieue ou royaume de condos, de voir son économie se diversifier.
Mais les mentalités sont toujours imprégnées des "guerres de clocher" (d'ailleurs, les églises sont encore les structures les plus hautes de la majorité des localités autour de Québec) et la mairesse "Bouchée", c'est du sable dans l'engrenage du développement.

Montmorency-Charlevoix-Haute-Côte-Nord, sera représentée par un bloquiste. Il faut ajouter à cela que l'ensemble du Québec a voté à 26 % pour le PC, ce qui confirme que ce qu'ils prônaient, peu importe que vous soyiez d'accord ou non, a fait écho partout au Québec, en triplant presque leurs appuis, qui sont plutôt volatiles, j'en conviens, mais on verra comment agira le gouvernement Harper.
Le Bloc Québécois est un parti composé en majeure partie de conservateurs et de gens de droite modérée. Et ce nonobstant le fait que le chef soit un ex-Maoïste aux cheveux longs. Le fait de voter PCC ne fait que démontrer le conservatisme des gens. Mais le NPD et le parti Vert n'ont presque rien récolté par contre...

Le thème du changement est généralement évoqué par tous les partis politiques dignes de ce nom, mais je ne comprends pas l'allusion à celui adéquiste, car le slogan de la dernière campagne d'élection était "Pour un Québec responsable".
En fait, dans la dernière campagne d'investiture dans Côte-des-Neiges de 2005, la candidate ADQ avait le slogan "Votez pour le changement" sur sa pancarte électorale... je me demande si ce n'est pas le nouveau slogan de l'ADQ.

Quant à la façon dont les médias traitent Québec, ça, je peux pas trop dire car je n'écoute pas la télé, sauf Télé-Québec et je lis seulement le Devoir comme quotidien francophone. Je sais par contre que l'existence de Radio-Cacanne à Mourial penche dans la balance mais bon...

Pour finir, mes véritables frustrations quant aux élections fédérales n'ont rien à voir avec l'arrivée de quelques candidats conservateurs dans la région de Québec -- les électeurs, peu importe où ils sont, ont le droit de voter pour qui ils veulent après tout; c'est ça la démocratie -- mais davantage avec les phénomènes comme la faiblesse de la participation (65 % si j'ai bien compris), la non-représentativité de certains partis comme le Part Vert (4 % du vote, ce qui n'est pas si mal considérant) à la fois au parlement et dans les médias (asbent des grands débats) mais surtout, surtout, des individus comme cette dame qui travaille dans un dépanneur, m'ayant répondu qu'elle ne votait jamais parce que c'est avec les listes d'électeurs qu'on risque de devenir juré, et que comme elle a peur d'être sur un jury, elle se retire des listes électorales...
Ce sont ces éléments-là qui me fâchent. Pas que la région de Québec vote bleu foncé ou bleu pâle...

Posted by phonono at février 04, 2006 11:22 PM