Je ne suis pas reconnu comme un homme d'action. Je ne sais pas ce qu'être un "homme d'action" implique au juste mais si c'est de ne jamais réfléchir et de seulement agir en toute situation, peu importe laquelle, alors je ne suis pas un homme d'action.
Le doute m'habite depuis que je suis tout petit, entrecoupé de quelques périodes de naïveté et de volonté d'accepter les autres, parfois les choses, commes ils sont; par contre, je suis rarement quelqu'un qui reste les bras croisés devant une situation quelconque, et bien que je suis parfois pas trop certain du cours des choses, je suis aucunement un élément passif de mon environnement.
D'ailleurs, récemment j'ai fait mentir ceux qui disent des intellectuels qu'ils "pensent trop et n'agissent pas assez". L'état de la cour arrière avant et après mon travail serait suffisant pour vous convaincre mais je vais utiliser un exemple beaucoup plus intéressant pour illustrer mes propos.
Tout a commencé un après-midi de printemps, lorsque j'ai été chercher mon fils de 5 ans à l'école publique de mon quartier. J'ai vu les petiots et mon fiston assis en rangs d'oignons devant un téléviseur, bien rivés à l'écran qui diffusait un Tintin. Un peu déçu et surtout un peu frustré d'apprendre que mon fils, que j'essaie de dissuader de l'idiot box comme l'appellent les Anglos, passe du temps aussi à l'idiovisualité à l'école...
Mais au lieu de chiâler ou de tempêter sur place, ou encore pire, de parler dans le dos de l'institutrice, j'ai décidé d'agir. J'ai concocté un plan que j'ai suggéré et il a été aussitôt accepté. J'ai prévu une visite le vendredi 7 avril et, sans filet de sécurité, je me suis présenté en classe un après-midi et j'ai effectué ma prestation devant 19 bambins, y compris mon fils.
La performance avait pour thème les arbres, et visait à susciter le questionnement : à quoi sert un arbre? Pourquoi les arbres ont des feuilles, d'autres des aiguilles, pourquoi il y en a en ville? etc. C'était divisé en trois sections, chaque section comportant un "mode d'action" différent.
En premier, j'ai fait un stand-up comique en mime électrique, c'est-à-dire en racontant une histoire avec des gestes et des bruits entièrement fabriqués par moi-même. La trame faisait entrer en jeu un gusse qui tentait, sans succès, d'abattre un arbre avec tous les moyens possibles : hache, scie, tronçonneuse, fil chauffant, dynamite. À la fin il se fait un pique-nique sous l'arbre qui le protège de la pluie... Les enfants étaient ensuite conviés à expliquer l'histoire en leurs propres mots, sans imiter les bruits ou les gestes.
Enfin, on terminait en faisant dessiner les enfants, qui illustraient soit l'arbre qu'ils s'imaginaient dans mon histoire, soit l'arbre qu'ils aimeraient avoir derrière leur maison.
En entendant l'hilarité des petits pendant la première partie, je me suis dit que j'avais pas tout faux, puis quand les petits ont dessiné, j'ai bien vu qu'ils avaient aimé ma prestation. L'institutrice m'a demandé combien de temps j'avais mis pour préparer l'intervention et elle a été surprise d'apprendre qu'en réalité, j'avais tout improvisé! Mais le clou du spectacle, ça n'a pas été de rendre mon fils fier d'avoir un papa-clown, mais de faire réagir un enfant autiste, présent pendant ma prestation au début. Tout au long de l'année on avait un enfant autiste dans la classe une fois par semaine et je ne le savais même pas. Eh bien pour une rare fois, il a réagi.
Fort de cette expérience, je projette refaire le même genre de truc dans une autre classe ou même une autre école.
Posted by phonono at mai 12, 2006 12:24 AMfélicitation pour ton implication!
chapeau!