juin 20, 2006
{~} MARE - MONO - PELICAN {~}

Cabaret, 17.06.2006

Crumbling ideals

Non, ce ne sont pas de mes idéaux politiques dont je veux parler. Seulement de l'idéalisation qu'on se fait de personnes ordinaires dans des situations particulières et comment cet idéal peut s'avérer un piètre simulacre ou un pétard mouillé (quoique, il y a pétards mouillés et pétards mouillés... bon, passons) et samedi soir j'ai été content d'aller au spectacle mais je dois absolument apprendre à ne pas avoir d'attentes ou, du moins, le moins possible.

Le spectacle en question a catapulté trois groupes instrumentaux, un de Toronto, un de Chicago et un du Japon, sur la scène du Cabaret devenu depuis peu le Cabaret du Musée Juste Pour Rire. Je reviendrai sur ce dernier changement qui semble anodin mais porteur de lourdes conséquences économiques.

Les trois groupes en question étaient Mare, Mono et Pelican, et de ces trois, seuls Mare et Pelican avaient été ouïs par votre phononaute attitré. Mare en direct sur scène, avant Isis il y a un an et demi, et Pelican sur galette de plastique à contenu numérique. J'avais pas été très impressionné par Mare -- j'en ai parlé déjà ici -- et cette fois-ci je vois une nette amélioration du côté de la technique mais pas des idées. Le groupe a appris à jouer en même temps mais pas ensemble, si vous voyez ce que je veux dire. Le plus énervant demeure la propension du vocaliste-guitariste d'attirer l'attention sur lui alors qu'il n'a pas grand chose de spécial. Par contre, le batteur est très compétent et je trouve dommage que la plupart du temps c'est pas lui qu'on entende. La première fois que j'ai entendu Mare, la pièce soprano éthérée m'avait laissée plus intrigué mais maintenant que le guitariste saupoudre une bonne partie des chansons de ce maniérisme, ça me tape sur les synapses...

Mono arrive sur scène, deux tabourets pour les deux guitaristes et un petit bout de femme au milieu à la basse... les premières notes de la pièce The Flames Beyond The Cold Mountain de leur plus récent album You Are Here (j'ai su ça qu'APRÈS le spectacle, pensez-vous) sont plutôt intéressantes, une espèce d'atmosphère tissée un peu à la Mogwai et la Godspeed, qui monte lentement en crescendo comme le groupe Montréalais. L'apothéose de cette pièce est savamment ficelée et le groupe fait bien passer l'émotion. La salle explose et, si ce n'était des néo-nerds qui s'agrippent à leurs pochettes de vinyles fraîchement achetés de Pelican, il y aurait eu plus de mouvements et d'applaudissements. D'ailleurs ces néo-nerds et leur tendance dorky à comparer leurs achats de disques me fait penser aux kids qui échangent ou comparent des cartes de hockey ou de Pokémon dans les cours d'école. Mono nous refait le même coup quatre fois avant de tirer leur révérence sous les hourras et les sifflements de la foule en délire. Le nouveau post-rock est aussi répétitif que l'ancien, aussi péteux que le rock progressif mais il ne transpire pas l'auto-indulgence. Reste que la compétence des musiciens et leur retenue fait bonne figure dans un genre qui s'est figé depuis les deux ou trois dernières années.

Pour Pelican, les attentes étaient assez fortes. Le quatuor de métal mou commence en grande pompe avec March Into The Sea, la meilleure pièce de leur plus récent album sinon la meilleure de toute leur carrière. March est particulière au groupe en ce sens qu'elle comporte un crescendo qui aboutit et explose, que les idées du groupe prennent forme, je dirais congeal en anglais, qui a le sens exact de ce que mon cerveau perçoit. Malheureusement, le reste du concert n'est pas à la hauteur de cette performance et la nouvelle pièce qu'ils nous servent vers la fin ressemble tellement à du noise-pop (Pale Saints?) que je me demande sérieusement si le groupe a un avenir. À force d'être comparés à Isis, je veux bien, mais le noise-pop? Come on, les gars...

Force est de constater que Pelican est l'inverse total de Mare : la faiblesse de Pelican est le batteur, qui semble tellement peu sûr de ce qu'il va accomplir comme gestuelle, on dirait un scientifique qui compte sur ses doigts pendant une démonstration expérimentale. Comme la majorité des groupes de "métal" Pelican semble se diriger vers une carrière marquée par un seul bon album et une série de productions formulaïques et de tentatives d'explorations ratées. Si Pelican engage le batteur de Mare, par contre, je crois que le groupe a un meilleur avenir.

Cela dit, j'ai quand même apprécié l'ensemble de la prestation et je retournerais bien voir Mono si on m'en donnait l'occasion.

Posted by phonono at juin 20, 2006 11:48 PM