août 18, 2006
{~} Bonne conscience {~}

Il y a environ un mois, j’ai pogné un article dans la Presse, concernant un bachelier en architecture, Alexandre Thibodeau, qui s’est mis martel en tête de faire en sorte que la norme LEED soit acceptée et implémentée au Canada, de la même manière qu’elle l’est aux Etats-Unis. Pour ceux qui ne connaissent pas l’acronyme LEED, sachez qu’il s’agit des normes imposées par l’équivalent de la Régie du bâtiment aux States, normes imposées afin que l’édifice construit soit le plus « écologique » possible.

Le bachelier en question a comme projet de construire sa maison de sorte qu’elle réponde aux normes LEED et ainsi servir de modèle pour une éventuelle version canadienne de ces normes (parce qu’elles n’existent pas encore.) et ainsi ouvrir la voie au bâtiment « eco-friendly » au Canada.

On voit bien, en visitant le « blog » qu’il a ouvert pour les circonstances, que le bonhomme est déterminé (très déterminé… non mais on est vraiment très déterminé lorsqu’on décide de couler les fondations soi-même..) et qu’il est plein de bonnes intentions. Mais, comme l’enfer en est pavé de bout en bout, je crois que toutes bonnes intentions nonobstant, on devrait tout sauf adopter la méthode de cet adepte de la maison éco-logique. Je crois que personne devrait adopter la méthode qu’il est en train d’adopter pour la simple raison que je considère qu’il place la charrue devant les bœufs. D’abord, le fait de choisir un site à plusieurs kilomètres du centre-ville d’une cité de sixième ordre – Sherbrooke – devrait déjà sonner une alarme dans nos esprits. En effet, comment prétendre que notre démarche est écologique si d’entrée de jeu, on détruit un écosystème (l’article dit qu’il s’est installé « où il n’y avait rien au printemps » rappelant cette pub idiote sur le développement du Lac Saint-Jean, montrant un bûcheron style Chippendales coupant un arbre avec une hache Canadian Tire, « les premiers colons se sont installés là où il n’y avait presque rien » en voix off; ce qui est faux puisque le territoire aujourd’hui connu sous le nom de Saguenay Lac Saint-Jean a été occupé par des Montagnais (Innu) pendant au minimum 4000 ans avant l’arrivée des colons français). Ensuite, si on tient compte des infos transmises par le quotidien, il a utilisé deux gros camions pour transporter des matériaux (dans le cas qui nous intéresse, le béton utilisé pour couler les fondations) procédé qu’il avoue lui-même comme étant peu écologique.

Le fait d’importer des matériaux, tous les matériaux, comme les bois récupérés ou le béton recyclé, de très loin, ailleurs et de les transporter en un endroit est aux antipodes de ce qui est considéré comme une démarche éco-logique. En fait, cette méthode n’est pas sans rappeler ce que les premiers pionniers abitibiens faisaient, du défrichage et l’utilisation des matériaux déjà présents dans la nature mais de la destruction d’écosystèmes tout de même. Évidemment quand on développe la campagne on ne peut faire autrement que défricher des terres mais comme nous sommes une civilisation urbaine, le fait de défricher d’autres terres au lieu d’exploiter davantage et de façon plus intelligente les terres déjà défrichées augmente notre empreinte écologique. Autrement dit, c’est la mentalité de colon qui revient à la charge, un peu comme la mode du « retour à la terre » des années 1970 au Québec.

Cette démarche ne devrait pas être suivie parce qu’il n’est jamais bon d’uniformiser les moyens, mais d’uniformiser plutôt les buts. Si le but est de construire une maison « écologique », les moyens pour y arriver doivent être au moins aussi variés que les situations auxquelles l’éventuel propriétaire (ou locataire) d’une telle maison devra faire face. Déjà, on peut par contre restreindre certaines portes de sorties style « fuite en avant » en limitant les types d’arrangements urbains et d’utilisation du sol qui sont les plus dommageables. Comme on sait que les types d’arrangements les plus destructeurs des écosystèmes sont ceux favorisant le développement de type suburbain, il s’agit de permettre la densification d’habitation dans les centres déjà développés tout en sanctionnant les pratiques comme l’étalement ou les maisons unifamiliales. Non pas en OBLIGEANT les gens à construire un type d’habitation en particulier mais en compliquant la tâche à ceux qui veulent des quartiers uniquement résidentiels ou qui s’installent au milieu de « nulle part ».

Pour en arriver à ses buts, construire le plus écologiquement possible, il existe déjà des mesures et des propositions, des méthodes dans des ouvrages écrits par des experts, dans des documents datant d’une vingtaine, d’une trentaine ou même d’une quarantaine d’années, et qui sont tout aussi valables aujourd’hui qu’à l’époque où ils ont été écrits. À titre d’exemple, rien qu’au Québec, une publication pourrait déjà guider amplement toute personne désireuse d’établir une habitation qui consomme moins d’énergie, autant que les décideurs et acteurs de la scène politique municipale en manque d’idées simples mais efficaces et surtout facilement implémentables pour régler des problèmes écologiques ou énergétiques. La publication Urbanisme et économie d’énergie, publiée par le gouvernement du Québec en 1984 est en elle-même le minimum en ce qui concerne certaines notions élémentaires comme l’utilisation optimale de l’énergie solaire ou du type d’aménagement autour de l’édifice pour optimiser l’économie d’énergie.

La démarche d’Alexandre concernant l’utilisation de matériaux recyclés pour construire son antre, étant donné qu’elle a connu des dérapes dès le départ, aurait dû lui signifier qu’il s’engageait dans la mauvaise voie. S’il s’était installé près du centre-ville de Sherbrooke, au minimum, cela lui aurait grandement facilité la tâche. Sans oublier qu’ainsi, il n’aurait pas été obligé de faire comme dans le bon vieux temps et d’obliger sa femme à s’occuper des deux mignons ti-mousses. Plus de main d’œuvre et surtout une main d’œuvre indispensable puisque la madame pourrait aussi contribuer davantage d’énergie et d’idées au projet qui la concerne autant que le monsieur.

D’autres questions demeurent en suspens étant donné l’état des travaux; par exemple, est-ce que la maison sera équipée d’une fosse septique, de toilettes à compost (ou chimique) et d’un composteur domestique? Est-ce que l’électricité sera entièrement soutirée du réseau d’Hydro-Québec ou Alexandre prévoit des sources parallèles (éolien, biomasse). Si les deux parents ont chacun un véhicule pour quitter la maison de manière quotidienne, ne vient-on pas d’annuler une partie des bénéfices écologiques escomptés? Toutes ces questions sont importantes et je me demande si Alexandre a le temps et l’énergie à y consacrer.

Posted by phonono at août 18, 2006 08:51 AM
Comments

à radio-québec y a eu un projet de rendre habitable avec un très petit budget un duplex si je me souviens bien...

paradoxe... des 2x4 de bois.... y devrait les faire avec le plastic recyclé comme pour les bancs de parc...

j'ai aussi vu à la tv américaine un gars qui s'est fait son île avec des 2 litres attachés ensemble, il vie sur son île avec chien, chat, poules et est aotusuffisant avec les plantes qui y poussent.

:-P

Posted by: Charles on août 19, 2006 08:53 PM

Le projet de rendre habitable la maison dans Centre Sud à Télé-Québec, c'est Les citadins du rebut global. Ayant vu la maison de près, ils ont fait une très belle job.

Des 2 X 4 en plastique recyclé c'est une excellente idée d'utilisation de produits pétroliers au lieu de gaspiller ça dans un skidoo ou un quatre-roues comme on fait à Saint-Profond des Creux ou en Adéquistan...

Le gars sur son île est TOUT sauf autosuffisant. Personne n'est autosuffisant, il dépend de son environnement...

Posted by: phonono on août 22, 2006 06:52 PM

Bonjour Mr. Phonono,

un ami m'a envoyé un lien vers ton commentaire. Je vois que tu sembles très intéressé sur le sujet de la construction écologique et je félicite ta partisanerie pour la densification des centres urbains, car c'est effectivement là une des manières de réduire plusieurs des problèmes connus aujourd'hui dans notre environnement quotidien(étallement urbain, dépendance à l'automobile et autres). J'aimerais par contre t'informer sur un certains nombre de points.

De un, LEED existe déjà au Canada. En fait, il y a des projets Leed au Canada depuis quelques années déjà et il existe maintenant un organisme Canadien qui le gouverne - le Conseil du bâtiment durable du Canada (CBDCa). La certification Leed vise plutot les projets à grande échelle(commerciaux,de bureaux, ou multi-résidentiels). Je t'invite à visiter le site au: http://www.cagbc.org/index.php?language=2 .

De deux, notre projet fait partie d'un projet pilote Leed for Homes du USGBC(États-Unis).C'est une certification spécifiquement concue pour les projets résidentiels(plus abordables, méthode de certification utilisant des standards adaptés au résidentiel tel que Energie Star, il n'est pas nécessire d'avoir recours à un professionel accrédité, etc...).

Comme toutes les certification Leed, Leed for Homes est un système de pointage qui récompense les différents gestes qui peuvent permettre de réduire l'impacte qu'aura un bâtiment de sa construction au jour éventuel ou il devra être détruit.

Comme tu l'as indiqué, notre choix de nous installer à la campagne n'est pas le choix le plus écologique. Nous perdons d'ailleurs de nombreux points en partant dû à ce fait. Heureusement, Leed à l'esprit ouvert. Le système de pointage est conçu de manière à ce que l'on puisse obtenir la certification quand même, mais il faudra que la maison soit très performantes dans ses autres aspects afin de compenser pour le fait que nous soyons en campagne.

Tu vois, ma copine et moi nous étions promis que nos enfants pourraient grandir en campagne, car nous gardons tous les deux de beaux souvenirs de nos enfances à la campagne. En ce qui à trait à nos déplacements, étant en architecture, je peux travailler de la maison et donc mon usage de l'automobile, quoi que plus important que quelqu'un en ville, devrait l'être moindre que quelqu'un en banlieu.

La force du système de certification Leed versus plusieurs autres philosophies, certifications ou normes(je m'intéresse au sujet depuis le début de mon Bac en Architecture), c'est qu'elle ratisse large et qu'elle vise à changer les façons de faire de l'industrie de la construction et non seulement quelques projets ici et là. Je suis heureux de constater que ça marche - il y a en effet de plus en plus de projets Leed qui se construisent.

Je te félicite pour ton intérêt dans la construction écologique et je t'encourages à en apprendre un peu plus sur Leed, tu veras comment il synthétise l'information qui existe depuis les années soixante afin qu'elle puisse enfin être mise en oeuvre là où ça compte, c'est à dire dans l'industrie de la construction.

Je trouves ça dommage que tu critiques notre projet aussi fortement, surtout avec si peu d'information(As-tu une idée du plan? Des technologies qui seront utilisées? Des matériaux utilisés?)simplement sur le fait que nous voulons vivre à la campagne. J'ai remarqué, et c'est malheureux, qu'il y a beaucoup de ce genre de critique rapide dans le domaine de la construction écologique. Il faut se rapeler que les problématiques sont complexes et que les solutions ,elles, sont multiples.

Posted by: alexandre thibodeau on novembre 10, 2006 04:44 AM

Bonjour Mr. Phonono,

un ami m'a envoyé un lien vers ton commentaire. Je vois que tu sembles très intéressé sur le sujet de la construction écologique et je félicite ta partisanerie pour la densification des centres urbains, car c'est effectivement là une des manières de réduire plusieurs des problèmes connus aujourd'hui dans notre environnement quotidien(étallement urbain, dépendance à l'automobile et autres). J'aimerais par contre t'informer sur un certains nombre de points.

De un, LEED existe déjà au Canada. En fait, il y a des projets Leed au Canada depuis quelques années déjà et il existe maintenant un organisme Canadien qui le gouverne - le Conseil du bâtiment durable du Canada (CBDCa). La certification Leed vise plutot les projets à grande échelle(commerciaux,de bureaux, ou multi-résidentiels). Je t'invite à visiter le site au: http://www.cagbc.org/index.php?language=2 .

De deux, notre projet fait partie d'un projet pilote Leed for Homes du USGBC(États-Unis).C'est une certification spécifiquement concue pour les projets résidentiels(plus abordables, méthode de certification utilisant des standards adaptés au résidentiel tel que Energie Star, il n'est pas nécessire d'avoir recours à un professionel accrédité, etc...).

Comme toutes les certification Leed, Leed for Homes est un système de pointage qui récompense les différents gestes qui peuvent permettre de réduire l'impacte qu'aura un bâtiment de sa construction au jour éventuel ou il devra être détruit.

Comme tu l'as indiqué, notre choix de nous installer à la campagne n'est pas le choix le plus écologique. Nous perdons d'ailleurs de nombreux points en partant dû à ce fait. Heureusement, Leed à l'esprit ouvert. Le système de pointage est conçu de manière à ce que l'on puisse obtenir la certification quand même, mais il faudra que la maison soit très performantes dans ses autres aspects afin de compenser pour le fait que nous soyons en campagne.

Tu vois, ma copine et moi nous étions promis que nos enfants pourraient grandir en campagne, car nous gardons tous les deux de beaux souvenirs de nos enfances à la campagne. En ce qui à trait à nos déplacements, étant en architecture, je peux travailler de la maison et donc mon usage de l'automobile, quoi que plus important que quelqu'un en ville, devrait l'être moindre que quelqu'un en banlieu.

La force du système de certification Leed versus plusieurs autres philosophies, certifications ou normes(je m'intéresse au sujet depuis le début de mon Bac en Architecture), c'est qu'elle ratisse large et qu'elle vise à changer les façons de faire de l'industrie de la construction et non seulement quelques projets ici et là. Je suis heureux de constater que ça marche - il y a en effet de plus en plus de projets Leed qui se construisent.

Je te félicite pour ton intérêt dans la construction écologique et je t'encourages à en apprendre un peu plus sur Leed, tu veras comment il synthétise l'information qui existe depuis les années soixante afin qu'elle puisse enfin être mise en oeuvre là où ça compte, c'est à dire dans l'industrie de la construction.

Je trouves ça dommage que tu critiques notre projet aussi fortement, surtout avec si peu d'information(As-tu une idée du plan? Des technologies qui seront utilisées? Des matériaux utilisés?)simplement sur le fait que nous voulons vivre à la campagne. J'ai remarqué, et c'est malheureux, qu'il y a beaucoup de ce genre de critique rapide dans le domaine de la construction écologique. Il faut se rapeler que les problématiques sont complexes et que les solutions ,elles, sont multiples.

Posted by: alexandre thibodeau on novembre 10, 2006 04:45 AM

Cher Mr Phonono,

je crois que vous êtes un vilain jaloux et que vous feriez mieux de vous informer, quantitativement et qualitativement parlant.

Mr Giraud,
fatigué par la pollution... intellectuelle

Posted by: Gael on janvier 16, 2007 08:01 PM

Cher Mr Phonono,

je crois que vous êtes un vilain jaloux et que vous feriez mieux de vous informer, quantitativement et qualitativement parlant.

Mr Giraud,
fatigué par la pollution... intellectuelle

Posted by: Gael on janvier 16, 2007 08:02 PM

Cher Mr Phonono,

À quels ouvrages (écrits il y a une 20-40aines d'années) réfères-tu?

Salutations,

L.

Posted by: Laurent McComber on janvier 16, 2007 09:58 PM

Cher Mr Phonono,

À quels ouvrages (écrits il y a une 20-40aines d'années) réfères-tu?

Salutations,

L.

Posted by: Laurent McComber on janvier 16, 2007 10:00 PM
Post a comment
Name:


Email Address:


URL:


Comments:


Remember info?