décembre 07, 2006
{~} 1991-2006 {~}

En 1991, cinq ans après avoir commencé à acheter mes propres disques avec mon propre argent (par opposition à acheter quelques cassettes avec de l'argent de poche de mon père ou de mes grands-parents) j'avais déjà un réseau plus ou moins développé d'où je tirais mes 'sélections'. Dutchy's à Montréal, que j'appelais de temps en temps, SubPop à Seattle, Touch & Go à Chicago, SST à Los Angeles et Dischord à Washington pour mes commandes par catalogue... je notais scrupuleusement les noms des maisons de disque si on les mentionnait dans des critiques, mais, plus souvent qu'autrement, je me fiais à mon intuition.

Cette intuition m'avait mené un an auparavant vers des groupes comme Mudhoney, Tad, Fluid et la pléthore d'artistes portant à bout de bras le mouvement qu'on allait appeler 'grunge', fatigué que j'étais du refus d'évoluer de la plupart des bands métal, ou de leur médiocrité (Slayer avait sorti Seasons In The Abyss, pas très potable, et, mis à part quelques fleurons du death comme Deicide ou encore Bolt Thrower, peu de groupes me donnaient des frissons de joie comme les albums de Metallica). Du côté hardcore, 1990 fut une année vide, excepté pour l'incroyable Repeater de Fugazi, qui avait éclipsé tout le reste. Mais en 1991, il y a eu tellement de chef-d'oeuvres dans le "rock" que j'ai sûrement dépensé une petite fortune rien qu'en disques. Cette année-là, trois genres "nouveaux" ont complètement révisé mes paramètres de standards en terme de 'musicianship'. D'abord, les Irlandais My Bloody Valentine. J'avais déjà entendu leur EP Feed Me With Your Kiss, qui ne m'avait pas déplu; une sorte de, à mon sens, Sonic Youth pourvu d'une dynamique plus appuyée 'hard/soft'. Mais 'Loveless' leur deuxième, m'a lttéralement envoûté. Des couches et des couches de guitares et de distorsion agrémentées de vocalises doucereuses... My Bloody Valentine a carrément brouillé les cartes pour ce qui concerne la frontière entre bruit et musique, entre harmonie et cacophonie. Un des mes DIDs (disques d'île déserte) 'Loveless' n'a pas fui mon lecteur cassette pendant un an et demi...

Avec 'Spiderland' de Slint, le post-rock était né. Véritable bijou de contrepoint guitaristique et de dynamiques tordues, 'Spiderland' m'a attiré en raison des longues phases instrumentales des pièces, sans compter le chuchotement ou le murmure de certaines parties vocales. Avec seulement 6 pièces, le quatuor a rassemblé en un seul opus la quintessence de ce qui allait devenir le nouveau point de référence en matière de musique alternative. Non, 1991 n'était pas seulement l'année Nirvana, c'était l'année ou le mouvement entamé en 1988-1989 explosait littéralement. Une large part de groupes qui avaient embrasé les scènes souterraines durant les années 1980, comme Henry Rollins, Jane's Addiction, Red Hot Chili Peppers (trois favoris de The King of EPs, c.-à-d. moi-même ici-présent), allaient à partir de maintenant tenir les têtes d'affiche; d'ailleurs, 1991 fut l'année du premier Lollapalooza. Jesus Lizard sortait son excellent Goat, Mudhoney, Hole, Barkmarket, Melvins avaient des bons albums à nous offrir, et le noise-rock new-yorkais accouchait de son plus violent et terrifiant opus, l'album éponyme du trio Unsane.

Autre attrait important de cette année-là, Type O Negative sort son premier album, Slow, Deep, Hard, probablement le meilleur album de heavy metal de tous les temps. Fruit d'un long processus de composition d'un des vétérans de la scène thrash, l'ex-Carnivore Pete Steele a littéralement incorporé toutes les angoisses, frustrations, colères, douleurs, malaises et amertumes accumulées pendant des années, dans une espèce d'orgie sonore teintée de cynisme et sous-tendu par un soupçon de ridicule. Le tour de force de l'orchestre TON est certainement la transfiguration d'un genre limité et abscons, devenu entre les mains des musiciens de TON un véritable opéra sur la déchéance et la rédemption. Slow, Deep Hard est pour moi, et pour beaucoup de gens, une redéfinition de musique lugubre et sépulcrale. Pour avoir une meilleure description de cet album, attendez la dernière semaine de décembre, quand je vais sortir mon top 25 des 25 dernières années métal.

Enfin, autre grand groupe des années 1990 qui a remporté le haut du pavé en 1991, Mercury Rev avec Yer Self Is Steam, un album de rock psychédélique surpassant les maîtres à penser Pink Floyd et Yes (qui utilisaient les mêmes types de dynamiques que MR). Mercury Rev est une version vertigineuse et plus acidulée encore du rock progressif et psychédélique première manière de San Francisco. Cependant, les neuf pièces de Yerself Is Steam sont beaucoup moins ancrée dans le positivisme et la naïveté que la musique des années 1960 (en 1991, on a déchanté de ces années-là depuis, et on se rend compte que la chute du mur de Berlin amène plus de problèmes qu'il n'en règle). En réalité, Mercury Rev semble être composé de tueurs en séries ou des névrosés qui composent des balades sans trop savoir s'arrêter, un peu comme si Red Crayola s'était mis à faire de la new age. Les percussions sont les principales protagonistes des harmonies et des rythmes excentriques. David Thomas et sa théâtralité déjantée est mariée au suspense cosmique de Pink Floyd (pas le Pink Floyd post-1973, mind you), autrement dit, une grande réussite musicale qui mérite une écoute attentive.

Donc, en 1991, une de mes pires années, une année cathartique où j'ai compris qu'il ne fallait pas se laisser marcher sur les pieds, qu'on pouvait tomber en amitié et que j'étais peut-être finalement fait pour l'université...

Mon top 25 de 1991 (artiste - album :: pièce marquante) nb. je ne peux pas décider quelle pièce sur les trois premiers disques est la meilleure. Elles le sont toutes. Il m'aurait fallu faire un TOP 50 tellement il y avait des bons disques cette année-là...
My Bloody Valentine - Loveless ::
Slint - Spiderland ::
Type O Negative - Slow, Deep, Hard ::
Mercury Rev - Yer Self Is Steam :: Journey Of A Cancer Cell Through The Center O' The Heart
Jesus Lizard - Goat :: Nub
Unsane - Unsane :: Vandal-X
Pegboy - Strong Reaction :: Strong Reaction
Dogbowl - Cyclops Nuclear Submarine Captain :: Airplane
Slowdive - Just For A Day :: Erik's Song
Barkmarket - Vegas Throat :: The Nuisance
Swans - White Light From The Mouth of Infinity :: Power And Sacrifice
Fishbone - The Reality Of My Surroundings :: Sunless Saturday
Fugazi - Steady Diet Of Nothing :: Runaway Return
Girls Against Boys - Tropic Of Scorpio :: Wow Wow Wow
Nirvana - Nevermind :: Breed
Primus - Sailing The Seas Of Cheese :: Johnny Was A Race Car Driver
Talk Talk - Laughing Stock :: After The Flood
Dwarves - Thank Heavens for Little Girls :: Blood Brothers' Revenge
Melvins - Bullhead :: Boris
Sebadoh - III :: God Told Me
Mudhoney - Every Good Boy Deserves Fudge :: Let It Slide
Pixies : Trompe Le Monde :: Planet Of Sound
808 State - Ex:el :: Lambrusco Cowboy
Hole - Pretty On The Inside :: Mrs. Jones
Silverfish - Fat Axl :: Fat Painted Carcass
Sons Of Freedom - Gump :: I Don't Care Anymore
The Cows - Cunning Stunts :: The Woman Inside
Superchunk - No Pocky For Kitty :: Mower
Metallica - Metallica (Black album) :: Sad But True
Drive Like Jehu - Drive Like Jehu :: Last Caress
Seam - Headsparks :: New Year's
Pearl Jam - Ten :: Even Flow

Autres chansons importantes en 1991 (selon moi) :
Soul Sacrifice (Cathedral); Sideways (Men Without Hats); Down With The Bass (fIREHOSE); Tired & Cold (Halo Of Flies); Couteau dans l'eau (La Muerte) Mackie Messer (Young Gods); Put your hand in my hand (Lungfish); Sooner Or Later (Feelies); Slavestate (Godflesh); Joyful Reunion (NoMeansNo); Vote With A Bullet (Corrosion Of Conformity); Tristessa (Smashing Pumpkins); Best Friends (Down By Law); Gone Away [acoustic] (Die Kreuzen); A Bureaucratic Desire For Revenge [Part 2] (Earth); There's This Thing - (Eleventh Dream Day); Children (EMF); Strangers Aeons (Entombed); Drugs (Flop); Revolution Girl Style Now (Bikini Kill); Open Wide (Meat Puppets); Medicine (Monster Magnet); I'm So Bad [Baby I Don't Care] (Motörhead); Kill Your Television (Ned's Atomic Dustbin); Coma (Overkill); Unconditional (Prong); Waiter! (French B.); Jet City Woman (Queensrÿche); Breaking The Girl - Red Hot Chili Peppers; Bed Of Roses (Screaming Trees); One Out Of Four (Seaweed); Jesus Christ pose (Soundgarden); Eddie Hook (Tad); Rave Down (Swervedriver); Counting Backwards (Throwing Muses); Human Cyst - Tumour Circus; Fleshworld (Wedding Present); Godflesh (Zeni Geva); Dead Embryonic Cells (Sepultura); Red head Walkin' (Beat Happening); Feel Good (Cop Shoot Cop); Trust Me (Jesus Jones); Mysterious Ways (U2); Candidate (Urge Overkill); Tools and Chrome (Jawbox)

Posted by phonono at décembre 07, 2006 01:20 AM
Comments

Humm Black Album > Season ? J'étais plus ou moins d'accord jusque là.

Posted by: toudg on décembre 7, 2006 04:38 PM

Pourquoi pas le faire le TOP 50 alors?
toudg -> pourquoi Seasons in The Abyss serait bon? Qu'est-ce que l'album noir de Metallica a d'inférieur à l'album de Slayer?

Posted by: André on décembre 7, 2006 11:34 PM

Évidemment, on discute d'opinions et non de faits alors on aura tous raison. Toutefois, les deux albums marquent, à mon avis, une tangente assez prononcée pour les deux groupes. Étant un inconditionnel des deux groupes dans les années 80, j'ai plus ou moins aimé tout ce que Metallica a fait après And justice. Sans être le "master piece" de Slayer, Season est quand même pas mal. Mais bon, c'est juste mon avis =).

Posted by: toudg on décembre 8, 2006 05:32 PM

Moi j'aimais bien 808 State. Je me demande ce qu'ils sont devenu. Il y avait KLF dans le temps aussi. T'as pas trouvé que White room c'était assez bon pour la liste ;)

Posted by: josiane on décembre 9, 2006 12:30 AM

Je me souviens a peine de Primus dans ctemps la mais c sur que Nirvana merite ben plus haut .

Pixies mesemb ke Alec Eiffel etait meilleure...

Moi ssi jveu voir le top 50!

Clo

Posted by: Chloe on décembre 9, 2006 11:55 PM
Post a comment
Name:


Email Address:


URL:


Comments:


Remember info?