Bon, quelqu'un m'a demandé de comparer les résultats des élections en Finlande et au Québec, et, comme personne d'autre dans les médias québécois -- extrêmement nombrilistes et d'une manière générale très peu cultivés -- n'ont eu l'idée d'aller voir ailleurs, je me lance. Je n'ai aucune prétention à la justesse d'analyse, mais je m'attarde aux similitudes et aux différences des élections qui ont eu lieu à quelques jours de différence.
D'abord, la Finlande, puisqu'on la connaît moins par ici (et un peu partout d'ailleurs) : la Finlande est un État indépendant depuis 1917, qui a été colonisé d'abord par la Suède pendant environ 500 ans puis par la Russie pendant un siècle. Le pays est assez homogène ethniquement parlant, mais bilingue officiellement, la minorité suédoise formant 6,5 % de la population totale, habitant surtout la capitale et les régions côtières de l'ouest du pays. Après un référendum déchirant, en 1994, la Finlande a rejoint l'Union Européenne et utilise l'euro comme monnaie depuis 2001. Démocratie parlementaire de type république, les élections en Finlande sont représentatives proportionnelles et demandent aux électeurs de choisir un gouvernement. Les électeurs doivent aussi choisir un président, dans le cas de la Finlande, cela s'est fait en 2006.
Pour les législatives de 2007, les Finlandais ont participé à 67,9 %, ce qui est un peu inférieur au taux de participation québécois. La composition des 200 sièges du parlement a changé depuis les dernières élections de 2003 et le plus grand gagnant est le Parti du Rassemblement national (Kansallinen Kokoomus) avec 50 sièges au lieu de 40, et 22,3 % des suffrages. Le plus grand perdant est le parti social-démocrate (Suomen Sosialidemokraattinen Puolue), qui a perdu 8 des 53 sièges qu'il possédait au parlement, pour 21,4 %, alors que le Parti du centre (Suomen Keskusta) est passé de 55 à 51 sièges pour 23,1 % des suffrages.
Donc, la lutte a été extrêmement serrée pour les trois grands partis de Finlande, un peu à l'instar du Québec où les trois principaux partis, le PLQ, l'ADQ et le PQ ont été coude-à-coude dans bien des circonscriptions. Un parallèle intéressant à dresser entre le Québec et la Finlande, l'existence marginale du Parti Démocrate-Chrétien (4,9 % des votes(, du Parti Vert (8,5 % des votes) et l'Alliance de la Gauche (Vasemmistoliitto) (8,8% des votes), ce dernier ayant à peu de choses près la même plateforme que Québec Solidaire. La différence demeure toutefois que les deux partis ont respectivement 7, 14 et 17 sièges au Parlement, alors qu'au Québec ces partis n'en ont aucun. L'absence d'Alliance Québec et la présence du Parti suédois est une autre différence notable, qu'on peut expliquer par deux phénomène liés au type de démocraties : les Anglophones du Québec préfèrent appuyer le Parti Libéral parce qu'ils ne veulent pas que le PQ ait la majorité, alors qu'en Finlande, une bonne partie des suédophones savent qu'en appuyant leur parti traditionnel, celui-ci peut avoir assez de députés pour travailler dans la coalition et influencer certaines décisions quant à la culture minoritaire.
Évidemment, la situation des deux entités politiques est assez différente : le Québec n'a jamais été indépendant et, encore aujourd'hui, est à toutes fins pratiques une économie coloniale. La participation de la Finlande au libre-échange européen s'est fait de façon démocratique et le pays conserve droit de regard sur bien des aspects socio-économiques alors que la participation à l'ALENA pour le Québec signifie une perte constante de contrôle de bien des domaines. La participation des femmes à la vie politique est de loin plus importante en finlande (elles ont le droit de vote depuis 1906) et elles ont 84 siàges sur 200, comparé à 75 en 2003. Mais les parallèles sont tout aussi intéressants : on note une désaffectation lente et progressive de la gauche, un léger repli sur soi même (montée des Vrais Finlandais et du Parti de la République du Québec, deux partis d'extrême-droite) et beaucoup de Finlandais et de Québécois sont d'avis que leurs impôts ne font PAS vraiment du chemin...
On remarque que, autant au Québec qu'en Finlande, la faible immigration et le vieillissemet de la population sont deux préoccupations qui influencent beaucoup la teneur et le contenu des débats politiques, qu'ils soient formels ou informels.
Autrement dit, dans les deux cas, au Québec et en Finlande, un certain glissement s'opère mais il n'y a pas vraiment de "révolution" à proprement parler. Seulement un certain désenchantement couplé à un vieillissement de la population.
Statistiques des élections en Finlande (lien en français sur la deuxième ligne)
Posted by phonono at avril 07, 2007 09:46 PMMerci pour la comparaison.
Posted by: MisterZ on avril 8, 2007 10:53 PMMoi ce qui me fascine c'est le fait qu'on a à peu de choses près le même taux de participation et un spectre politique à peu près pareil.
La différence c'est qu'eux élisent un vrai chef d'État, une présidente au lieu d'un lieutenant-gouverneur qui gaspille les fonds publics, et que le taux de participation aux élections municipales est très fort, puisque c'est à ce niveau que tout se joue.
Posted by: phonono on avril 10, 2007 08:06 AM