Après avoir parcouru 632 kilomètres par autobus de nuit, je suis arrivé à Rouyn-Noranda un jour de pluie diluvienne avec comme objectif prendre le pouls du Festival du cinéma international, qui en est sa 26e édition.
En arrivant en ville vers 8 h le matin, j'ai eu quelques bribes de la déchéance économique de mon bled natal, en commençant par le festival des stationnements remplis de voitures neuves à l'entrée sud, une orgie indécente de tôle et de plastiques vendus à crédit; je dis indécente compte tenu du fait que nous avons déjà passé le maximum de production mondiale de pétrole et que nous amorçons un déclin inexorable de cette économie, pour le meilleur et pour le pire. Ensuite, les yeux un peu collés, j'ai pu constater à quel point, 15 ans après mon départ, le centre-ville de la capitale du cuivre est moribond. Quand je suis descendu en août faire une visite éclair, ce n'était pas aussi "mort".
Oui, il y a encore des institutions comme la Mercerie Hébert, où je me suis procuré des sous-vêtements, mais au terminus d'autobus, le petit resto/café desservant la clientèle est fermé, signe que le centre-ville est presque désert. Inutile de chercher de midi à quatorze heures pour trouver les raisons de cet état de fait. Après avoir exproprié des maisons et rempli inadéquatement un terrain marécageux près du centre-ville au milieu des années 1980 pour construire un deuxième centre commercial, la venue de Wal-Mart en 1998 a tué les quelques initiatives développées à bout de bras. Maintenant que l'économie est définitivement liée à l'exploitation des ressources naturelles, la ville est emmurée dans son économie primaire, se contractant et se gonflant artificiellement selon des variables totalement extérieures à la région.
Bon, je suis en train de faire du Foglia...
Rien pour me réjouir davantage de ce que j'allais trouver dans le dernier opus cinématographique de Desjardins/Monderie, les mêmes qui nous ont donné L'erreur boréale, et, plus loin dans le passé, Noranda et Des chiens en pacage. Le peuple invisible commence sur des images d'une réalité toute crue, pour tout de suite annoncer ses couleurs. Desjardins est souvent à l'écran, comme dans L'erreur, mais laisse quand même amplement d'espace et de temps aux principaux interpellés, les Anishnabe. Car Le peuple invisible n'est pas un film sur le sort de tous les Amérindiens du Québec mais bien plutôt sur ce qu'on appelait autrefois les Algonquins du Sud-Ouest québécois. Il brosse un tableau succinct mais assez complet de la situation de cette portion du 'Native American' sans tomber dans le mélo, même si par moment on a le "gargoton" pogné.
Chacun des établissements anishinabe est montré, sans retenue mais sans tomber dans le voyeurisme, avec juste assez pour faire comprendre et, évidemment choquer, puisque c'est un film pamphlétaire.
Les plus beaux moments de ce film sont, sans conteste, lorsque la caméra capture des instants de la routine amérindienne : des enfants qui jouent, sans surveillance, des concerts de musique country en trois langues, les vieilles mémé dignes qui ramassent le bois. Le file footage nous montre aussi des aspects du passé abitibien moins reluisant : la propagande catholique, la dureté de la vie nomade. J'ai quant à moi apprécié surtout lorsque les interlocuteurs nous montraient le paradoxe d'avoir un barrage construit à côté de son village mais de ne pas avoir la possibilité d'en retirer de l'électricité à faible coût, comme c'est le cas à Winneway, au Témiscamingue. Je n'ai été nulement surpris par les déclarations des intervenanta, qui sont la plupart extrêmement conscients de leur situation et des problèmes, et, surtout des solutions possibles.
En bout de ligne, Le peuple invisible fait son travail correctement, mais n'aura certainement pas l'impact qu'a eu L'erreur boréale . Je souhaite fortement toutefois que certaines personnes, comme le pseudo-maire de Val-d'Or, vont accepter de transiger aussi avec leurs voisins anishinabe en égaux, comme ils le font déjà avec les Cris...
Posted by phonono at octobre 29, 2007 07:36 PMJ'ai bien hâte de voir ça. Comment étaient les réactions des gens dans la salle? Je suis curieuse de savoir.
Posted by: Josee. on octobre 31, 2007 05:11 PM